Tribune « Bonnets rouges et politique »

Presse Océan - mercredi 11 décembre 2013

Je souhaiterais en tant que maire d’une commune de Loire-Atlantique témoin des problèmes économiques graves que nous traversons apporter ma contribution à l’analyse de ce mouvement populaire dit des Bonnets Rouges en faisant le lien entre histoire et actualité.

En 1675, les excès de taxes notamment sur le papier timbré et sur le tabac sont le fait de l’État et dans le même temps les guerres royales privent les Bretons du commerce maritime avec de nombreux pays européens.
Que l’écotaxe de 2013 ait le même effet que la taxe sur le papier timbré de 1675 n’a rien de surprenant. Aujourd’hui au XXIe siècle l’État fait des choix contraires aux intérêts bretons. Les aides de la P.A.C. profitent à 70% aux céréaliers et sa révision donne encore moins à la Bretagne. Ces aides sont d’autant plus indispensables que le coût de l’aliment du bétail explose à cause des augmentations de prix des céréales. L’État n’a pas défendu les intérêts de l’élevage breton face à la concurrence allemande. Concurrence forte non pas due à des techniques plus performantes mais parce que les coûts salariaux très bas, provenant d’une main d’œuvre de l’ex-Europe de l’Est favorise la compétitivité allemande. Ceci alors que les charges sociales et fiscales cumulées en France sont les plus élevées d’Europe, ce qui touche d’ailleurs toutes les activités.

La Bretagne est avec l’Alsace la région la plus pro-Européenne. Elle est aussi la région qui n’a jamais eu un seul maire pour donner sa signature au candidat Le Pen, c’est la région qui a le plus voté pour le traité de Maastricht, c’est aussi la Bretagne qui a le plus de villes jumelées avec d’autres villes d’Europe et enfin c’est la région où le vote extrémiste est le plus faible. Les Bretons de Brest à Clisson n’ont donc pas de leçon à recevoir en matière de défense des valeurs démocratiques et d’ouverture sur l’Europe. Bien au contraire, nous subissons collectivement le résultat de politiques parisiennes hostiles à une gouvernance européenne qui aurait harmonisé les régimes fiscaux et sociaux. Ce gouvernement a de nombreux souverainistes qui freinent la construction européenne.

Rassembler toute la population concernée pour tenter de trouver les solutions économiques, sociales et politiques ( décider au pays ) n’a rien à voir avec le populisme. Quand on voit la situation d’angoisse, de désespoir voire de misère d’une grande partie des manifestants, rester indifférent relève de l’égoïsme ou d’une idéologie aveuglante. Artisans, agriculteurs, ouvriers, employés, commerçants et patrons de T.P.E. (Très Petites Entreprises) et P.M.E. (Petites et Moyennes Entreprises) ensembles pour dire « Vivons, Travaillons et Décidons en Bretagne » est l’expression d’une grande communion sociale qui met en brèche tout corporatisme et tout poujadisme qui sont à l’opposé de ces valeurs communes.

Les maires sont sans doute les élus de proximité les plus proches de leurs administrés. Nous sommes témoins de leurs craintes, de leurs angoisses de perdre leur emploi ou leur entreprise et aussi de leur exaspération de constater que le pouvoir central est autant déconnecté des réalités de terrain. C’est pourquoi en tant que maire je voulais apporter ma contribution à ce débat afin que les institutions se renforcent dans le sens de davantage de démocratie, que l’État respecte mieux les populations, ce qui serait le cas en acceptant enfin la réunification de la Bretagne et partage mieux les responsabilités et les budgets entre État et régions.

Alan CORAUD
Maire de La Remaudière
Pays du Vignoble Nantais
Loire-Atlantique

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